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29 juin 2009

MJ forever

Safia déboule dans le bureau.

"- tu sais ce qu'il s'est passé.. c'est dingue.. ils parlent que de ça, partout.. sauf dans les p'tits journaux, là..j'sais pas pourquoi ils en ont pas parlé dans 20 minutes ou dans Metro? t'es pas choquée, toi?

- ben.. non..

- ça te fait rien qu'Il soit mort? et si jeune?

- .. pas vraiment

- faut dire, il a commencé tôt, puis avec son père, il avait pas la vie facile.. il le frappait et tout. Oui.. mais ça te fait quand même quelque chose, à l'intérieur, quand t'y penses?....... moi, j'suis..pff..j'sais pas quoi dire............ Hé! moi j'ai une copine, elle est en plein deuil, je devais la voir ce midi et elle est même pas venue.. elle doit être maal.. elle l'écoutait tout le temps.. même elle m'avait donné des morceaux de lui.. sur mon MP3.. écoute Maïa.. t'écoutes?

- oui oui, vas-y"

Nana, qui écoutait la conversation quasi-monologuesque je le concède, vient s'y joindre:

"- faut pas toucher au roi de la pop!.. Y'a pas intérêt de dire du mal.. Moi, à mon ancien foyer, on avait appris à danser comme lui et j'avais vu son clip avec plein de morts, là, et plein de sang.. tu vois quoi? J'adore.

- C'est à cause de son père qu'il s'est fait refaire un peu le nez parce qu'il lui disait qu'il ressemblait à un monstre, c'est dégueulasse, hein?

- Et les médecins, ils ont peut-être donné une dose de trop qu'ils disent à la télé. Du.. du Démoral, j'crois.. ..Ca l'a peut-être fait mourir?..

- Façon, ils vont faire l'autopsie, on va l'savoir..

Et toutes deux me relatent l'actu interplanétaire qui défraie la chronique des dernières 24 heures, avec plus ou moins de précision et plus ou moins d'interprétation: sur sa famille nombreuse, sur son père qui l'obligeait à écrire des chansons à 4 ans (!!!), sur ses concerts londoniens qui seront remplacés par des vidéos et des sosies, sur ses dettes, etc.

"- En plus, y'en a qui ont profité de son argent, c'est dégueulasse, il a plein de dettes, et c'est même pas de sa faute, tout ça parce qu'il a été trop gentil

- Putain, faut pas dire du mal du roi de la pop, ça va aller mal. (Loïc Lantoine, si tu m'entends..)

- ouais, mais y'en a qui l'aimaient pas, t'y peux rien.

- M'en fous, on crache pas sur un mort, et encore moins sur lui! J'aime pas ceux qui l'aiment pas, et puis il ne doit plus beaucoup de sous.. 350 000, je crois.. ouais, 350 000 ,c 'est ça."

Et Nana se met à me dévisager avec insistance en tentant un regard théâtralement très méchant qui la caractérise si bien.

Le sourire que j'esquisse l'énerve visiblement.

" - Quoi? (agressivement) J'le défends moi! Et je le défendrai toujours!"

Et en se levant et se penchant vers le bureau, elle crie:

"- Et il a jamais rien fait aux enfants, tout ça c'est pour lui faire du mal, c'est des jaloux, c'est inventé, c'est n'importe quoi, c'est une star! Putain."

Je la regarde, je ne réponds rien. Elle se rassoit.

Puis, calmement, elle me lit le SMS qu'elle a reçu et qui ressemble à peu de choses près à ceci: "Si tu as un peu de respect pour le roi de la pop, que tu reconnais son immense talent et que tu aimes son môôn-waal-kèr (sic), passe ce message à tous tes amis."

"- Et qu'est-ce que tu vas faire de ce SMS?" demandé-je naïvement.

"- Ben je vais le renvoyer à tous mes numéros, je peux bien faire ça pour lui!"

Safia et Nana ont 19 ans toutes les deux. Je n'ai pas bien réfléchi précisément à ce que ça réactive chez chacune d'elle, parce que parfois j'essaie de ne pas toujours tout interpréter, pour juste vivre le moment, sans rien de plus, sans surchauffe de l'esprit et sans leur bloquer la parole par mes pensées bien loin de leur réalité . Ce qui est certain, c'est que le père violent, la mère aux côtés, les histoires d'abus sexuels, l'argent, ça ne les laisse pas indifférentes. Et pour une fois qu'un point d'actualité les touche..

21 juin 2009

Départ N°14 Britany

Salut!

Je voulais me servir de cette rubrique tombée un peu en désuétude pour archiver le passage dans le service de Britany, et son départ la semaine dernière dans des conditions plutôt bonnes. Britany nous avait rejoint pour "acquérir plus d'autonomie" qu'elle n'en avait alors sur l'unité de vie collective où elle vivait déjà depuis quelques temps.

Il s'agissait surtout de lui permettre de grandir un peu, loin des dynamiques de groupes pré-adolescentes.

Britany a poursuivi sa scolarité avec sérieux et réussite (? on attend les résultats!). Elle a pris confiance en elle, physiquement j'entends ; elle soigne d'avantage son apparence. Sa relation aux éducs est devenue moins affective, moins exclusive ; ses relations avec les autres jeunes sont moins agressives, plus tempérées, plus patientes. En ce sens Britany est devenue plus "adulte". Elle a aussi renoué des liens totalement rompus avec ses parents, après avoir su en partie accepter leurs difficultés et ce qu'ils lui ont fait vivre enfant..

Britany a intégré cette semaine le service d'accompagnement des jeunes majeurs situés en centre ville, ce qui représente encore plus d'autonomie et une nouvelle marche à grimper pour devenir un adulte autonome.

Bon courage

31 mai 2009

Départs N°12 et 13. Marco et Cécilia. Le Guet-apens


Salut'

Dimanche soir dernier, ma collègue a été interpelée par une éducatrice d'un autre groupe, à la recherche d'une jeune fille de 17 ans, Leila, arrivée nouvellement en urgence sur son propre groupe, et disparue depuis une petite heure.

Or les studios des jeunes que j'accompagne en semi-autonomie sont le lieu rêvé pour trouver refuge..

Ma collègue fait le tour des studios (notons que nous avons un passe) et se trouve finalement dans l'impossibilité d'ouvrir celui de Marco, jeune garçon de 18 ans, ce dernier ayant apparemment (encore) changé le barillet de sa serrure.

Certaine que Marco est chez lui, ma collègue tambourine à la porte, et il finit par ouvrir au bout de plusieurs minutes. Leila est là (leila ouhouhouhouh ouhouhouh) ma collègue est très en colère et la fait sortir manu militari.

Hum..je dois préciser que les jeunes en studio n'ont pas le droit d'accueillir des jeunes des autres groupes, encore moins du sexe opposé..

Dans la nuit, une autre jeune de mon service, Cécilia (18 ans), affirme à une surveillante de nuit posséder une vidéo de Marco et Leila "ensemble", ce dont la surveillante de nuit nous informe via un rapport informatisé dont je prends connaissance le lendemain matin.

Le soir même, alors que je passe devant la structure en rentrant chez moi, je vois un gros attroupement d'une vingtaine de personnes très énervées : Marco, Cécilia, Leila et sa mère sont là, quelques éducs et un tas de jeunes. Je m'arrête et je file un coup de main à mes collègues pour dissiper un peu le groupe, "rentrer les jeunes", et je constate que Cécilia est à la fois très en colère et meneuse de toute cette petite troupe qui s'acharne crescendo contre "la nouvelle" depuis une semaine, Leila.

Comme j'essaie d'isoler Leila en la prenant à part et en tentant de discuter avec elle, je m'aperçois qu'elle refuse toute responsabilité dans l'évènement du soir, ce qu'elle me répète plusieurs fois en hurlant, autant à destination des autres jeunes que moi : "J'ai rien fait de mal moi! C'est pas moi qui me fait enc.. c'est pas moi qui me fait enc. par Marco etc.. " sic

Finalement tout le monde se disperse, je laisse le relai à mes collègues qui s'en sortent très bien et je rentre chez moi.

Le lendemain est notre jour de réunion d'équipe hebdomaire. J'en apprends bien plus sur la situation. J'apprends notamment (les sources sont floues) qu'un vidéo tourne sur les portables des jeunes ; le sujet de la vidéo : "Marco et Leila en pleine scène de sodomie dans le studio de Marco" Il semble que Cécilia soit la réalisatrice et à l'origine de la diffusion. Nous comprenons aussi qu'il s'agit d'une video réalisée sans le consentement de Leila, piégée par Marco et Cécilia, cachée dans sa salle de bain (en compagnie d'une autre jeune fille de 15 ans qu'elle a sous sa coupe..)

Dans la même matinée de réunion, Cécilia, en formation, nous appelle pour nous demander si nous pouvons lui apporter son portable ce midi sur son lieu de formation , elle l'a oublié chez elle..
Au delà même de cette situation et de cette demande pour le moins inhabituelle et curieuse, nous avons dès lors ce portable sous la main. Qu'en faire?

Décision d'équipe, chef de service présent, nous fouillons dans le portable, à la recherche de la vidéo. Après quelques tribulations dues à des écueils technologiques, nous trouvons la vidéo, dont les quelques secondes entre-aperçues non sans répugnance ne laissent pas de doute sur les protagonistes et les lieux.

Nous informons le directeur de la situation, de la vidéo en notre possession. Nous apprenons en même temps qu'une plainte a été déposée par la mère de Leila (contre qui? pour quoi?) L'affaire prend une tournure très compliquée.

La réponse de la direction ne se fait pas attendre. Marco et Cécilia sont exclus dans la foulée. La vidéo doit être effacée.

Fin?


14 mai 2009

Evolution, dérive, crise?

Il y a encore quelques années, les situations financières critiques étaient rares auprès des jeunes femmes que nous accueillions.




Je me souviens de K. qui avait une dette SNCF de 800 euros. Enooorme! Elle était partie "dans le Sud" (parce que l'herbe y est plus verte?) sur un coup de tête, sans billet de train. Puis elle est revenue, elle n'avait pas l'argent pour payer l'amende et sa dette avait été transférée au Trésor Public.





Ensuite, C., deuxième cas isolé, un ou deux ans plus tard. Elle avait demandé une carte de crédit et quand elle l'a eue, elle a acheté tant qu'elle a pu pendant deux jours. Yihou! fringues, coiffeur, chaussures et resto, la grande vie, quoi! Elle savait bien qu'elle n'avait pas l'argent sur son compte, mais ça continuait à fonctionner! Je ne me souviens plus du montant du découvert bancaire, quelques centaines d'euros, voire un petit millier?



Puis, ces situations sont devenues un peu plus fréquentes avec les dépassements de forfaits de téléphonie mobile, et la valse de courriers de pression et de menaces d'huissiers appréciée de ces chers opérateurs..

Et aujourd'hui, nous gérons toute une flopée de situations de ce genre. Les plus courantes sont les dettes de transport en commun. Chez les jeunes femmes, nous entendions beaucoup dire il y a quelques temps: "surtout ne paie pas, une fois que t'es fichée, ils te retrouvent et ils te prennent tout, faut jamais faire ça". Aujourd'hui, elles se sont rendu compte que payer tous les mois, 35 euros (c'est le minimum accepté pour un échéancier T.P.), même pendant 2-3 ans, ben.. ça fait mal!


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Mais ce qui m'inquiète, ce n'est pas tant la multiplication des dettes, c'est surtout leur banalisation.

Il y a encore cinq ans, autant dire hier, nous aidions les jeunes femmes à économiser la somme de leur unique amende Trspl de 22 euros sur une ou deux semaines afin de pouvoir régler au plus vite. Au pire, nous les laissions se rendre seules au service contentieux pour tenter de négocier une baisse. Elles devaient alors s'expliquer elles-mêmes. Nous estimions que si elles n'avaient pas acheté leur titre de transport alors que la somme suffisante leur était distribuée chaque semaine, elles étaient capables d'en assumer les conséquences.

Il y a quelques semaines, autant dire aujourd'hui, nous en sommes à rédiger au mieux une demande argumentée d'échéancier au Trésor Public pour que le paiement s'échelonne le plus possible, tout en demandant parallèlement à la société de transport de ne pas transférer trop vite la dette au service de recouvrement.

Non pas que nous nous sommes habitués, mais ces situations récurrentes plongent parfois les filles dans un tel marasme, que nous pensons qu'il est utile de les accompagner dans ces démarches, tout en poursuivant le discours "quand on pose des actes, on les assume ensuite".

Pour d'autres, ça leur passe vraiment au-dessus de la tête, mais alors très très loin au-dessus, et si nous ne les interpellons pas sur le sujet, elles repartiront avec leurs enveloppes de relances non ouvertes, estampillées Trésor Public - République Française; pour celles qui ne les jettent pas dès leur réception.. pour ne surtout pas voir.

14 avr. 2009

Centre maternel


Elle est enceinte de six mois, sans ressources, elle ne veut pas vivre avec son copain pour le moment.. et elle souhaite visiter quelques maisons maternelles qui accueillent de futures mères et des mères d'enfants de moins de trois ans .



Le temps passe.. quelques semaines.. et malgré les démarches actives, rien de concret ne se profile. Il faut dire que sa situation administrative ne la place pas en position prioritaire..

...............


Il y a quelques jours, nous avons rendez-vous dans un centre maternel, finalement!

Elle expose sa situation, ses motivations, et nous visitons!

Une place est libre, et elle lui est proposée sur-le-champ! mais il lui faut donner sa réponse le lendemain matin..

La pression monte pour elle, ses pensées l'obsèdent, ses questions se multiplient, elle se sent pressée et oppressée, et elle ne sait plus si ça l'intéresse.. elle en parle autour d'elle dans l'après-midi..

Le lendemain, sa décision est prise, elle refuse la place.

...............

Nous rediscutons longuement de sa décision, et nous formulons toutes les deux quelques hypothèses pour tenter de nous expliquer ce qu'il se passe:

Première hypothèse:

Elle vient de prendre conscience de ce qu'est un centre maternel et elle ne veut pas que son fils naisse dans un foyer, elle voudrait même lui éviter ça à tout prix. Elle a vécu elle-même plusieurs années en foyer, et elle va devenir Maman, adulte et responsable, donc la vie sous assistance éducative ne lui convient plus, et ce n'est pas bon pour son enfant à venir.

Deuxième hypothèse:

Sa copine, à qui elle explique son désarroi, dans l'urgence de la décision à prendre, lui propose de venir vivre chez elle, dans un appart à deux chambres, en centre ville. Elle a donc une solution d'hébergement, et même si ce n'est pas la meilleure à moyen ou à long terme, c'est néanmoins une solution ; et qui peut lui éviter le foyer dans l'immédiat. Elle pensait jusque là ne pas avoir de choix.

Troisième hypothèse:

Elle adopte lors de l'entretien une attitude assez fermée, que nous expliquons par le fait qu'elle est un peu impressionnée, que nous sommes très en retard (changement du lieu de RV non communiqué), que le ton est assez directif, et qu'elle n'aime pas trop les entretiens en général, elle le reconnaît..
De ce fait, il lui est demandé si elle a un caractère facile, elle répond que non. Il lui est demandé si elle accepte facilement les conseils et si elle les suit, elle répond qu'elle peut les écouter, mais qu'elle ne les suit que si elle les pense bons, et qu'en général, elle sait à peu près ce qu'elle a à faire. Il lui est alors demandé si elle pense pouvoir vivre en collectivité, et si elle sait que les autres mamans peuvent parfois faire des remarques (justifiées ou pas) sur la façon d'élever ses enfants, elle répond qu'elle saura se positionner. Il lui est demandé si elle a tendance à se battre (physiquement), elle répond que non, pas du tout.
Pour résumer, elle a vécu cet entretien comme un interrogatoire, beaucoup trop inquisiteur à son goût, et elle ne s'imagine absolument pas vivre en cotoyant au quotidien cette personne qui l'observe et lui rappelle ses points faibles (et ses erreurs passées). Voilà donc ce qui appuie son refus.

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Position de l'équipe:

Notre objectif éducatif est désormais qu'elle puisse partir dans les meilleures conditions possibles, sachant qu'elle vient de refuser une possibilité correspondant à ce qu'elle souhaitait et que rester en MECS jusqu'à 6 mois de grossesse, c'est déjà bien! Nous lui laissons donc un petit mois pour se trouver une solution satisfaisante, et bien entendu, nous l'accompagnerons dans son choix, dans la mesure des possibilités du service.

30 mars 2009

OFPRA, CIMADE, CNDA, AJ, OQTF?

Bonjour

Une situation d'urgence occupe pas mal de mon temps ces jours-ci.. Mais tout est à remettre dans l'ordre.. J'hésite entre la fiche technique, le récit d'un court séjour ou l'événement du jour, mais difficile de faire un choix, ce sera un peu de tout.



........LES FAITS........
Il y a trois semaines, nous accueillions une jeune femme qui venait d'être déboutée de sa demande de statut de réfugié par l'OFPRA.

Elle a un mois pour faire appel à compter de la date de notification du rejet, il reste trois semaines quand elle arrive dans le service!



........QUE FAIRE?........
La première étape fut de se mettre au fait de sa situation particulière, puis de se renseigner auprès de services compétents.

J'apprends assez rapidement que:
- la juridiction compétente est la CNDA, et c'est à Paris.
- l'intervention d'un avocat est vivement conseillée
- l'aide juridictionnelle est à constituer dès que l'avocat sera trouvé
- de moins en moins d'avocats acceptent de travailler avec l'aide juridictionnelle (c'est la crise pour tout le monde!)
- les avocats "du coin" ne se déplacent pas à Paris, ou facturent leurs déplacements (à titre indicatif, 2 000 euros!)

La deuxième étape fut de contacter un avocat du Barreau de Paris, renseigné par des confrères travailleurs sociaux. L'avocat (ou plutôt son standard, puisque le barrage n'a jamais été franchi) nous demande d'envoyer la notification de rejet de l'OFPRA pour que "Maître W puisse se prononcer"..et répondre, par courrier uniquement! Par téléphone, nous harcèlerons un peu l'étude pour avoir une réponse rapide (le délai se réduit!) pour finalement recevoir la lettre informant que Maître W ne se constituerait pas pour cette situation! C'est lors du dernier appel insistant que j'apprends que l'enregistrement d'une aide juridictionnelle suspend le délai de recours, et que nous pouvons lancer la démarche dès à présent! (Merci pour l'info!) La consigne première était d'attendre la réponse de l'avocat pour remplir le dossier d'AJ..! Il reste 10 jours!

La troisième étape est assez dense: j'appelle les assoc de défense de droit des étrangers, les services administratifs, les ex-collègues, les connaissances, toutes les personnes susceptibles de me donner un tuyau, même petit, pour avancer rapidement et sûrement! Et je m'arrête quand j'ai une solution!

J'apprends que:

- effectivement , il y a peu de chances d'aboutissement du recours sans avocat

- La date de réception de l'AJ par le bureau compétent suspend le délai du recours (de combien?) il est donc à constituer au plus vite.

- La CIMADE peut instruire le recours, l'envoyer et quand l'avocat sera nommé d'office (par l'intermédiaire de l'AJ), nous recevrons ses coordonnées et nous pourrons le contacter. En théorie, il reprendra le dossier et défendra le requérant auprès de la CNDA lors de l'audience, vous suivez?

Sur ma lancée, j'envoie donc en recommandé avec AR le dossier d'aide juridictionnelle, et je prends RV à la CIMADE pour cette jeune femme, au premier créneau disponible pour eux.


........HIER, A LA CIMADE........
- Il reste 3 jours. Où en est-on?
- Nous attendons la confirmation de réception de l'AJ, qui bloquera l'échéance. Oui, mais pendant le traitement de la demande d'AJ seulement, soit environ 15 jours, car le délai reprend le jour de l'accord d'AJ. En bref, quand l'accord AJ sera donné, il restera 48 heures pour constituer le recours et qu'il soit reçu par la CNDA, donc urgence pour la constitution du recours dans tous les cas.
- La jeune femme concernée va à nouveau devoir raconter ses traumatismes, tentant de donner davantage de détails dans le but d'apporter des éléments nouveaux au dossier..
- le recours sera rédigé par la Cimade, il comprendra deux parties: la première amène des détails et éléments nouveaux à la demande, la deuxième partie conteste la décision de l'OFPRA et contre-argumente le rejet.
- Sachant que le récit de vie initial est déjà très précis et qu'il n'y a pas de nouvelles pièces à ajouter, les chances d'aboutissement positif sont menues. Mais si le recours n'est pas envoyé, l'OQTF ne tardera pas..
- Nous tentons alors de faire le tour des autres possibilités: cette jeune femme ne rentre pas dans les critères pour la demande de naturalisation, car la prise en charge de l'ASE est arrivée après ses 16 ans.. pas la peine de tenter d'établir un passeport, puisqu'une demande d'asile est en cours.. pour le titre de séjour, il faudra attendre car elle a déjà un récépissé l'autorisant à rester sur le territoire français pendant la demande d'asile..

En bref, peu de chances d'obtenir l'asile, et pas d'autres démarches possibles pour le moment pour garantir quoi que ce soit..

- Nous laissons les documents importants du dossier, pour que la CIMADE puisse rédiger le recours, et nous revenons le lendemain matin!


........AUJOURD'HUI........

- Il reste 2 jours!

- Le recours n'est pas encore rédigé entièrement quand nous arrivons à la CIMADE, nous échangeons sur les détails et aussi sur les points cruciaux, et nous vérifions l'exactitude des données. La jeune femme répond aux questions restées en suspend la veille.

- Nous retournons au foyer pour faire des copies du dossier que nous allons envoyer dès qu'il sera prêt. Le tout est à envoyer en deux exemplaires. Nous ajoutons les pièces jointes, à paginer (une vingtaine)

- Nous partons à la Poste, pour envoyer le tout en RAR, afin qu'il parte aujourd'hui, et qu'il arrive au plus tard après-demain, dernier jour du délai!



........LEXIQUE........

OFPRA: Office Français Pour les Réfugiés et Apatrides.

CNDA: Cour Nationale du Droit d'Asile

AJ: Aide Juridictionnelle.

DRIJE: Dispositif Régional d'Information aux Jeunes Etrangers.

OQTF: Obligation de Quitter le Territoire Français.

CIMADE: comité créé en 1939 (initialement pour apporter un soutien aux personnes évacuées). Aujourd'hui, la Cimade est une asso de solidarité active pour les migrants, les réfugiés et les demandeurs d'asile.



........FICHE RÉCAPITULATIVE........
Recours auprès de la CNDA suite à un rejet de l'OFPRA du statut de réfugié.

- l'appel est à constituer dans un délai d'un mois
- la demande d'aide juridictionnelle est à constituer au plus vite, même si parallèlement on peut chercher un avocat. Pendant l'instruction de la demande d'AJ, le délai pour le recours est suspendu.
- le recours est à construire avec un service compétent, car mieux vaut être rompu à l'exercice pour s'y aventurer (une signature manquante ou un oubli de pièce jointe suffit à voir sa demande rejetée)
- dans le cas où le recours serait rejeté également, se renseigner rapidement sur les autres possibilités administratives: passeport, naturalisation, titre de séjour..

21 mars 2009

descente aux enfers


Salut'




L' évènement de la semaine (publié avec une semaine de retard pour laisser s'exprimer Maïa (woh l'excuse^^)) concerne à nouveau le jeune Antoine. On va dire qu'il cherche à marquer son époque. Une chance pour vous, vous allez ainsi avoir la "suite", une fois n'est pas coutume..

Alors suspense... la réponse est OUI! deux fois OUI! Antoine est bien rentré à l'heure ce soir là, et même bien en avance! Il s'est levé seul le lendemain et est bien allé travailler! (ce qui a été vérifié par un appel de ma collègue, très professionnellement dubitative) Alors la réponse à la question "Pourquoi j'ai fait ça?" J'ai envie de répondre : "l'instinct éducatif, le talent, la compétence, cette intuition fine qu'il faut savoir être souple dans l' accompagnement, surtout si cela est une occasion pour le jeune de faire ses preuves, et de créer ainsi une relation de confiance avec l'adulte." mais ce serait mentir.. Je continue à croire qu' initialement il s'agissait simplement d'une faiblesse. Deux jeunes mettent un peu la pression à l' éduc, sans être toutefois dans l'irrespect qui conduit à l'opposition et au conflit. Et c'est pour cela que d'abord, je n'ai pas su appliquer purement et simplement le règlement.

Ensuite, je pense avoir été au même moment conscient de cette faiblesse, et je me suis raccroché aux branches pour y mettre un sens éducatif en répétant un schéma classique de la relation éducative : "je fais un effort en prenant sur moi en terme de responsabilité, je compte sur toi pour être réglo"

Nous étions, je le rappelle, un vendredi soir.. Antoine est allé travailler le samedi, et ce fut son dernier jour. La semaine suivant, n'allant pas en cours, il nous informe que son contrat d'apprentissage est rompu ; lui et son employeur "en ont parlé et ils sont tombés d'accord" sur ce point..




La semaine passe. Nous sommes désormais vendredi matin. Je travaille seul, toujours. En arrivant je lis le rapport de nuit. Ma collègue et un surveillant de nuit ont constaté la veille au soir en partant, vers 22h, qu'il régnait une odeur suspecte de cigarette magique dans le studio d'Antoine, ce qu'ils lui ont fait remarqué. J'apprends ensuite en lisant le cahier de bord qu'elle pense aussi qu'Antoine a bu devant la structure en début d'après midi. Et sur ce je commence ma matinée. Au programme "tour des studios" pour vérifier qui est présent.. Il est 9h, Antoine dort, dans sa chambre et dans le noir, normal..
Je m'absente ensuite de 9h30 à 10h45 pour conduire un autre jeune à un rendez vous médical.
A 11h30, je m'apprête à partir à la banque avec un autre jeune quand je croise Antoine dans la cours de l'établissement. Il me dit bonjour sans s'arrêter et me demande si notre infirmière est présente ce matin. Ce n'est pas le cas. Il poursuit son chemin toujours sans s'arrêter.
20 secondes plus tard, on m'appelle. C'est Sandrine, une autre jeune, qui m'interpelle à travers la cour et me demande de venir. Antoine est avec elle. Arg, je sens qu'il y a problème.
Je m'approche et nous rentrons dans le bureau. Sandrine demande à Antoine de me montrer ce qu'il s'est fait.
Celui-ci rechigne un moment puis me montre son poignet droit. Celui-ci porte plusieurs traces de coups de rasoirs superficiels. Antoine dit que "ce n'est rien" comparé à l'autre bras, qu'il rechigne à montrer toutefois. Il le montre finalement assez rapidement. C'est moche. Son bras gauche est tailladé sur toute sa surface du coude jusqu'au poignet, et recouvert de beaucoup de sang séché.

Certaines coupures sont des plaies relativement larges.

Je demande à Sandrine de nous laisser, et je commence à nettoyer ses coupures avec les produits adéquats. Il se laisse faire. Comme certaines coupures sont larges, il accepte d'aller les faire nettoyer aux Urgences.
J'informe mon chef de service de la situation et nous partons rapidement. Quelqu'un nettoiera ses plaies aux urgences puis Antoine sera admis en pédiatrie. Lors de l'entretien d'admission il dira ne pas avoir de regret si ce n'est celui de "ne pas avoir réussi à se tuer." Il "recommencera jusqu'à ce qu'il y arrive". Il est actuellement toujours hospitalisé en pédiatrie, en attente de rencontrer un pédo-psy.
A suivre..
Epilogue:

Alors que je retourne sur la structure pour lui ramener quelques affaires personnelles et pour m'occuper de ses draps "stp, il sont tachés de sang" la scène est assez glauque. Ses draps sont effectivement tachés de sang sur toute leur étendue. La housse de couette aussi. L'alèse et la taie d'oreiller également. En triant un peu de linge, je trouve dans son panier à linge une serviette de toilette et des torchons à vaisselles très largement imbibés de sang.. A côté de son lit, un portrait recouvrant presqu'entièrement une page format A4, peint avec son sang.

Une inscription.. Fuck The Life.